L’armée française fait son entrée à Alger le 5 juillet 1830. La présence française va considérablement changer l’aspect d’Alger et de sa médina. Les Français vont apporter des transformations à la ville en démolissant une grande partie de la Basse Casbah, en en érigeant l’actuelle Place des martyrs. La Casbah, qui allait à l’origine jusqu’à la mer, est reléguée à l’arrière-plan de la ville par le front de mer et son architecture en arcade. La colonisation se traduit aussi par le tracé de nouvelles rues qui entourent la Casbah et pénètrent aussi son espace. La « ville arabe » étant organisée traditionnellement autour de sa mosquée et de son souk, la période de la colonisation va introduire un nouveau rapport à l’espace. Alger devient une ville où cohabitent le nouveau et l’ancien, le sacré et le temporel définissant ainsi de nouveaux espaces de sociabilité.

La Casbah, qui représentait la totalité de la ville d’Alger en 1830, est alors considérée comme un sous-espace urbain, résiduel et instable. Pourtant, la Casbah présente encore des espaces de sociabilité comme les mosquées, les cafés maures, les places (rahba) et les hammams. Cependant, la centralité urbaine (économique, politique…) se déplace vers les nouveaux quartiers européens. Ce schéma reste valable jusqu’après l’indépendance où la Casbah n’a jamais retrouvé son importance.

Paul Guion voyant sous ses yeux la disparition de tout un quartier d’Alger, décide de dessiner ce qui reste de la médina. Des croquis faits entre 1938 et 1940, suscite l’intérêt comme un devoir de fixer pour toujours les rues d’Alger, avant, dit-il qu’elle ne disparaisse à jamais !

Abritée derrière ses remparts, elle était dense pour se protéger du soleil ; ses terrasses servaient d’observatoire de jour comme de nuit. Tout en elle respirait la fraîcheur et la blancheur, jusqu’au jour maudit où un roi décida autrement de son sort.
En dépit d’un traité de capitulation lui assurant sécurité et pérennité, la pioche du conquérant commença son œuvre dès l’entrée dans la ville : pour faire place à la place d’armes (place des martyrs aujourd’hui), pas moins de 420 maisons furent détruites ; les établissement religieux n’échappèrent guerre à ce vandalisme d’état, la première à tomber fut la mosquée Notre-Dame (Djami’ es-Sayida). Sur 166 édifices religieux, 118 furent détruits ou transformés pour les besoins du conquérant, et seulement 21 mosquées ou chapelles furent laissées au culte musulman !
Les cimetières eurent également à souffrir de ce barbarisme : « J’ai reconnu, dit le docteur Segaud, à bord de la bombarde la Joséphine qui arrivait d’Alger chargée d’os : des crânes humains, des cubitus, des fémurs de la classe adulte, récemment déterrés et n’étant pas entièrement privés des parties charnues » !
Nos deux pays, Algérie et France, ont un avenir commun ; Ce témoignage est un devoir de mémoire que je dois aussi bien aux algériens qu’aux français, ignorant cette face cachée de l’histoire !

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