Perchée à plus de 118 m au-dessus du niveau de la mer, cette forteresse qui fait face à la caserne Ali Khodja dans la Haute Casbah est le point le plus haut de l’ancienne médina d’Alger. C’est dans cette demeure, restée somptueuse malgré ses 5 siècles d’existence et l’état de décrépitude dans lequel elle se trouve, qu’une page décisive de l’histoire de notre pays fut à jamais tournée : c’était en 1827, lorsque sous les deux colonnades du palais, le dey Hussein infligea le « coup de l’éventail » à l’émissaire français. Incident qui fut le prétexte à l’expédition militaire française.

La citadelle fut construite vers le début du XVI siècle, plus exactement en 1516 sous l’égide de Baba Aroudj. Elle était à l’origine destinée à un usage militaire. Une inscription à l’entrée donne la date de son achèvement à 1000 de l’hégire (1591). Cette nouvelle forteresse venait ainsi remplacer l’ancienne située en contrebas près de la mosquée de Sidi Ramdane. En 1817, le dey Ali Khodja quitte le palais de la Djenina dans la partie basse de la ville et siège du Gouvernement d’Alger de l’époque, pour s’installer dans la Haute Casbah. Il meurt cependant peu de temps après et c’est son successeur, le dey Hussein, qui apportera les transformations nécessaires à cette caserne de janissaires pour qu’elle con- vienne aux besoins du dernier souverain d’Alger et de sa suite. Sur près de 10 500 m2 de superficie, la citadelle se déployait en trois étages et comprenait, outre le palais du dey avec ses appartements, ses cuisines et son hammam, une aile réservée aux femmes (le harem) et des salles de réunion du diwan. Deux mosquées existaient également à l’intérieur de la forteresse, l’une pour le dey et son protocole et l’autre pour les janissaires. Un autre palais y été également aménagé pour les beys de Constantine, d’Oran et de Médéa qui venaient tous les 3 ans pour les Dnouches (tributs redevables au beylik par ces 3 provinces) ainsi qu’une poudrière pour la fabrication du salpêtre qui reste l’unique spécimen architectural du genre en Algérie.

Le palais était doté également d’une exceptionnelle distribution d’eau qui provenait d’El Biar et de plusieurs jardins d’hiver et d’été. Le dey Hussein y vivra durant les douze années de son règne avant l’arrivée de l’armée française. Durant les premières années de l’occupation française, le général De Bourmont en fait sa résidence et jugeant le style architectural du palais inadéquat avec la façon de vivre occidentale, il y apporta des transformations importantes. La forteresse fut alors coupée en deux par une route, et le quartier qui jouxtait La Casbah où se trouvaient la maison de l’agha ainsi que Beit el mal, le ministère des Finances fut complètement détruit afin d’isoler la forteresse. A l’intérieur du palais, les ornements des piliers furent cachés et plusieurs fenêtres ont été installées dans le harem qui n’en possédait pas à l’origine.

Classés monuments historique dès 1887, le palais du Dey, sa mosquée et la poudrière furent aménagés en musée colonial militaire en 1930. Mais à l’indépendance de l’Algérie, tout ce que contenait ce musée fut pris par les Français et le palais fut alors délaissé, pis encore squatté. Plus de 200 familles y avaient trouvé refuge avant d’être finalement délogées en 1978, lorsque la restauration du monument avait commencé à être envisagée. En 1992, cependant, l’APC de La Casbah décide de le transformer en habitations. Un projet qui avait rencontré fort heureusement l’opposition vigoureuse des responsables de l’Agence nationale d’archéologie et de protection des sites et monuments historiques. Malgré les difficultés financières, une petite partie de l’édifice a été restaurée tant bien que mal avec un coût de 12 milliards de centimes, « la moitié d’un stade », ironise le professeur Khelifa qui a fait du palais du Dey sa passion première. « Cela fait plus de 25 ans que la restauration du palais est entreprise sans grand succès », avoue ce professeur. « Il faut une véritable volonté politique, mais aussi de véritables artisans, car comme vous l’avez constaté, la restauration de la mosquée des janissaires n’est pas réussie et les matériaux utilisés ne sont pas authentiques », déplore-t-il encore. Il a tenu également à tirer la sonnette d’alarme sur l’urgence de la prise en charge de La Casbah d’Alger. En effet, nous révèle-t-il, en 1830, La Casbah comptait plus de 15 000 maisons, aujourd’hui, il n’y en a que 800 tout au plus.  » Si nous continuons à laisser notre patrimoine à l’abandon, c’est nous-mêmes qui partons à la dérive, et les dérives sont faciles du point de vue de l’identité. La préservation de notre patrimoine est essentielle, non pas seulement pour notre passé, mais surtout pour notre devenir », conclut-il.


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« It is not the beauty of a building you should look at; its the construction of the foundation that will stand the test of time. » - David Allan Coe

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